L’intégration des critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) dans une startup est un levier stratégique puissant, non seulement pour assurer une croissance durable, mais aussi pour renforcer sa crédibilité auprès des investisseur·es, client·es et talents. Voici 3 conseils clés des expert·es Anne-Katell Quentric (We Positive Invest & Arkéa Capital), Stéphanie Biron (Auxo Dynamics) et Michel Galibert (Memo Bank) pour démarrer efficacement cette démarche.
Conseil n°1 : Comprendre les fondements de la durabilité et ses enjeux
Avant de mettre en place une stratégie ESG, il est essentiel de comprendre ce que le terme englobe. Concrètement, cela consiste à évaluer les pratiques d’une entreprise en matière Environnementale (par exemple la réduction de l’empreinte carbone, la gestion des déchets etc), Sociale (conditions de travail, impact sur la société etc) et de Gouvernance (transparence, équité au sein du conseil d’administration etc).
“Adopter une approche ESG, c’est considérer son entreprise dans son écosystème global et intégrer ses externalités, qu’elles soient positives ou négatives. Contrairement à l’impact, qui reflète la mission principale d’une entreprise (l’exemple le plus partant étant BlablaCar qui réduit les émissions de CO2 en favorisant le covoiturage), l’ESG s’intéresse aux pratiques internes et aux engagements d’une entreprise” explique Anne-Katell Quentric.
Pourquoi adopter une démarche ESG ? Parce qu’il s’agit d’un facteur de performance à long terme, sur plusieurs plans.
- Tout d’abord, cela permet d’identifier des opportunités et risques et d’avoir une vision globale de son activité et de sa performance, de mieux anticiper les crises.
- Ensuite, l’ESG représente un atout clé pour attirer les talents. En valorisant la marque employeur, il permet de séduire les meilleurs profils, de plus en plus attentifs aux enjeux environnementaux et sociaux.
- Enfin, c’est un véritable avantage concurrentiel sur le marché. Une stratégie ESG bien définie peut devenir un puissant argument commercial et marketing. “Les consommateur·trices, de plus en plus sensibles aux impacts sociaux et environnementaux des entreprises, ont tendance à privilégier les structures engagées, renforçant ainsi leur satisfaction et leur fidélité” complète Stéphanie Biron.
Conseil n°2 : Analyser son cœur de métier et prioriser les enjeux ESG
Pour vous aider à structurer votre démarche ESG, les 3 spécialistes recommandent d’analyser ce que l’on appelle “la double matérialité” :
- La matérialité d’impact : il s’agit de comprendre comment votre activité influence la société et l’environnement.
- La matérialité financière : elle mesure l’impact des enjeux ESG sur la viabilité de votre entreprise. Prenons l’exemple d’une entreprise du secteur du tourisme exploitant des campings. Si le réchauffement climatique entraîne des canicules et des incendies récurrents dans la région, l’activité devient difficile, voire impossible à maintenir, menaçant ainsi sa pérennité. Autre illustration avec le secteur bancaire : Memo Bank. Comme l’explique Michel Galibert dans un scénario possible : « J’ai financé un client bas carbone qui a construit une usine sur un terrain partiellement inondable. Lorsqu’une crue a frappé, l’usine a été détruite, entraînant une perte sèche sur le crédit que nous lui avions accordé. »
Cette analyse de matérialité vous aidera à définir vos priorités, à mieux identifier leurs risques et opportunités dans un contexte de transition durable et d’éviter de vous disperser sur une multitude de sujets à la fois. “Chez Memo Bank, nous avons commencé par réaliser un premier bilan carbone. C’est à cette occasion que nous avons pris conscience que l’enjeu le plus critique pour nous était l’impact de nos financements. N’hésitez pas à vous inspirer des rapports de durabilité des grandes entreprises du secteur pour affiner votre analyse” poursuit Michel Galibert.
Une erreur fréquente, selon les expert·es ? Considérer l’ESG comme une initiative isolée, déconnectée du modèle économique. Au contraire, il est essentiel d’intégrer ces enjeux directement au cœur de l’activité et de sa stratégie en se posant les bonnes questions : Quel est le cœur de mon métier ? Comment puis-je y intégrer des dimensions de gouvernance, sociales et environnementales ?
L’exemple d’une entreprise produisant des yaourts est parlant à ce sujet, comme l’illustre Anne-Katell Quentric : “si une telle entreprise met en avant des mesures comme l’installation de vélos pour ses salarié·es, cela peut être positif, mais ce n’est pas l’enjeu principal. L’essentiel réside plutôt dans la manière dont les yaourts sont fabriqués, l’impact de l’élevage sur la biodiversité ou encore la durabilité de la chaîne d’approvisionnement”.
Ce qui peut vous aider : utiliser des matrices de matérialité déjà faites, comme sur les sites d’Arkema ou Entracte.
Conseil n°3 : Intégrer les dirigeant·es et parties prenantes dans le processus
Les trois spécialistes s’accordent sur un point essentiel : une démarche ESG efficace et cohérente ne se fait pas en silo, elle repose sur l’engagement des dirigeant·es et l’implication de l’ensemble des parties prenantes, internes comme externes. Pour ancrer ces enjeux au cœur de la culture d’entreprise, voici quelques bonnes pratiques recommandées :
- Définir une vision durable et partagée : une stratégie ESG doit être portée par le top management. « Il est crucial de s’assurer que les associé·es sont aligné·es sur les enjeux et les priorités, même à des degrés différents. Cette démarche mobilise des ressources internes, il faut donc une adhésion claire dès le départ » souligne Michel Galibert.
- Mettre en place des équipes pilotes : associer des binômes RSE/Finance permet de structurer efficacement la collecte de données ESG. Stéphanie Biron insiste sur l’importance de cette approche : « Tout part de la donnée. Plus tôt elle est collectée, plus il sera facile de matérialiser des plans d’action concrets. De plus, pour les collaborateur·trices, s’emparer du sujet peut être un vrai levier de motivation en interne »
- Impliquer les investisseur·es et autres acteurs clefs : clients, régulateurs et fonds peuvent jouer un rôle clé dans la définition et l’amélioration de la stratégie ESG. Un dialogue régulier avec eux permet d’ajuster les actions en fonction des attentes du marché et des évolutions réglementaires.
- S’appuyer sur des ressources externes : rejoindre des communautés comme B Corp, Impact France, Communauté des entreprises à mission ou encore SISTA permet d’échanger sur les bonnes pratiques et d’accéder à des outils d’auto-évaluation.
Ainsi, intégrer l’ESG dans une startup est une véritable opportunité stratégique. En posant des bases solides, en priorisant les enjeux pertinents et en impliquant l’ensemble des acteurs, votre entreprise sera mieux armée pour répondre aux défis de demain.
Pour aller plus loin
Vous pouvez jeter un coup d’oeil aux articles riches en apprentissages du blog d’Auxo Dynamics. Et notamment la méthode complète pour faire une analyse de double matérialité.
Bon à savoir : les apprentissages de cet article ont été tirés lors d’une de nos “SISTA Inclusive Hours”. Celle-ci avait lieu en partenariat avec Arkea. L’objectif de ces “Inclusive Hours” ? Permettre à des entrepreneur·es de rencontrer et d’échanger avec des investisseur·es ou des partenaires sur des thématiques clefs. Pour ne pas rater les prochaines, abonnez-vous à notre compte LinkedIn.